Le vert, c’est le F1 ; le camouflage, c’est le F2. La phrase circule dans tous les rayons de surplus et elle range mal une pièce sur deux. Le treillis F2 est né vert, en 1984, et l’est resté six ans : le camouflage désert arrive en 1990 pour l’opération Daguet, le Centre-Europe quatre ans plus tard. Un pantalon vert uni posé sur une table peut donc être l’un ou l’autre, et sa couleur ne tranche rien.
Ce qui tranche, c’est le poids de la toile. Les deux tenues sortent du même bureau à six ans d’intervalle, et la seconde existe parce que la première avait un défaut que ses porteurs ont mis quelques hivers à formuler.
| Treillis F1 | Treillis F2 | |
|---|---|---|
| Fabrication | 1978 à 1987 | 1984, retiré de la dotation en 2016 |
| Toile | 210 g/m² | 270 g/m² |
| Couleurs | vert armée seulement | vert, puis désert en 1990 et Centre-Europe en 1994 |
| Bas de jambe | cordon à nouer | élastique cousu dans l’ourlet |
| Boutons-pression | lisses | grenelés |
| Poches de veste | quatre | quatre, puis deux à partir de 1994 |
Soixante grammes au mètre carré, et le reste en découle
Le F1 est un satin de coton et de polyester à 210 g/m². Le F2 garde la même composition et monte à 270. Un peu moins de trente pour cent d’écart, ce qui ne veut pas dire grand-chose sur une fiche technique et beaucoup sur le dos.
Le modèle de 1978 avait été dessiné léger, contre la tenue M64 qu’il remplaçait et qu’on trouvait raide. Objectif atteint, et c’est ce qu’on lui a reproché : la toile perce sur un roncier et ne tient pas une saison froide sans une couche en dessous. Le F2 corrige point par point. La toile s’alourdit, les cordons deviennent des élastiques, et le rabat coupe-vent que le F1 avait perdu revient se loger derrière le boutonnage.
Ce que ça donne au porter : un F2 sort d’un fourré avec des traces là où le F1 revient avec des accrocs, et il encaisse le lavage à répétition sans se déformer. Un F1 sèche plus vite et pèse moins lourd dans un sac. Cet arbitrage se pose avant tous les autres.
Reconnaître l’un de l’autre sans lire l’étiquette
Regardez le bas de la jambe. Le pantalon F1 se resserre par un cordon passé dans une coulisse, qu’on noue soi-même ; le F2 a un élastique cousu dans l’ourlet. C’est le contrôle le plus sûr des trois, parce qu’il ne dépend ni de l’éclairage du magasin ni de l’état de la pièce.
Passez ensuite le doigt sur un bouton-pression. Ceux du F1 sont lisses. Ceux du F2 sont grenelés, avec un fond grainé qui accroche l’ongle. Retournez la pièce : c’est sur l’envers de la pression que ça se voit le mieux.
La couleur sert à éliminer, jamais à conclure. Le F1 n’a été fabriqué qu’en vert armée, entre 1978 et 1987. Une pièce en camouflage n’est donc pas un F1, quoi qu’annonce l’étiquette du revendeur, et les rayons en sont pleins. Une pièce verte, elle, ne prouve rien, et il faut redescendre au bas de jambe. Le reste se lit sur l’étiquette cousue, dont chaque ligne apprend quelque chose sur la pièce.
Quatre poches, puis deux, et une date au milieu
La veste F1 comme la première veste F2 portent quatre poches : deux sur la poitrine, à fermeture éclair verticale, plus deux poches à rabat sur les hanches. En 1994, les hanches disparaissent du F2. La raison est militaire : ces poches tombaient exactement là où le ceinturon FAMAS et ses porte-chargeurs venaient se caler, et plus personne ne s’en servait.
Pour qui n’a pas de ceinturon chargé sur les reins, c’est une régression pure. Une veste F2 à quatre poches est donc antérieure à 1994, elle vaut mieux qu’une deux poches du même modèle, et elle se paie rarement plus cher parce que peu d’acheteurs font le calcul. Les autres points à contrôler avant d’acheter sont réunis dans le choix d’une veste de treillis.
Côté pantalon, rien ne bouge en 1994. Les deux modèles partagent la même architecture de poches, et elle obéit à une logique qu’on retrouve sur tout ce qui se porte chargé : la coupe d’un pantalon de treillis la reprend en détail.
Ce que le F1 fait mieux
L’élastique du F2 est un consommable. Sur une pièce sortie d’un magasin de l’armée il y a vingt-cinq ans, il est détendu quand il n’a pas cassé, souvent rétréci par des lavages trop chauds. Le remplacer suppose de découdre l’ourlet, d’enfiler la bande neuve à l’épingle et de recoudre. Le cordon du F1 se change en deux minutes avec trois millimètres de cordelette. Il se règle aussi sur la hauteur exacte de la chaussure du jour, ce qu’un élastique cousu ne sait pas faire.
L’été ensuite. Soixante grammes au mètre carré se sentent sur une longue marche, et le vert armée uni ne fait se retourner personne sur un chemin ni dans un village. Le camouflage, si.
Ces deux points ne renversent pas le verdict, mais ils expliquent pourquoi des gens qui connaissent les deux gardent un F1 dans leur armoire.
Lequel chercher, selon ce qu’on veut en faire
Vous cherchez un pantalon de chantier ou de forêt, capable d’encaisser le genou au sol et les ronces : prenez un F2. Vert ou camouflage, la toile est la même. Et si vous tombez sur une veste à quatre poches, ne la laissez pas.
Le F1 est le choix de celui qui marche l’été et répare lui-même ses affaires, ou qui veut bricoler sans avoir l’air d’un figurant. Une réserve, une seule, mais elle compte : il a été fabriqué neuf ans, son successeur en a servi trente-deux. Le stock ne se renouvellera pas, les tailles courantes partent en premier, et un F1 en bon état se paie déjà plus cher qu’un F2 sorti neuf de son sachet.
Le F2 a quitté la dotation en 2016, remplacé depuis par le treillis BME de l’armée de Terre. Trois décennies d’habillement versées d’un coup sur le marché de l’occasion, c’est ce qui explique qu’on en trouve partout, au prix d’un pantalon de supermarché, et que ça durera encore des années. Si vous n’achetez qu’une pièce, prenez celle-là.