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Marquage d'un treillis de l'armée française : lire l'étiquette

5 min de lecture Publié le 13 octobre 2026

une veste de treillis kaki retournée sur un établi, l'étiquette de toile décousue au col, un mètre ruban et une loupe posés à côté

Sur la fiche produit, la veste est vendue en « M ». Deux clics plus loin, dans le guide des tailles du même marchand, M veut dire moyen et désigne une stature de 1,70 m à 1,80 m. Les deux mentions ne parlent pas de la même chose, et celui qui a lu Medium ressort avec une veste taillée pour un tour de poitrine de 88 cm.

L’étiquette d’un effet de dotation décrit le corps qui doit entrer dedans, le contrat qui l’a commandé et l’atelier qui l’a cousu. Le vêtement lui-même n’y figure nulle part. Une seule de ses lignes y est parce qu’une règle l’impose, la composition ; le reste s’y trouve parce qu’un acheteur public l’a exigé, et c’est ce qui la rend encore lisible trente ans plus tard.

Le code de taille donne des mensurations, pas une pointure

88 M, 92 C, 96 L. Le nombre est une mesure du corps en centimètres : tour de poitrine sur une veste, tour de ceinture sur un pantalon. La lettre est une stature, pas une largeur.

Sur les effets plus récents, le marquage passe à huit chiffres séparés par une barre.

Ce qui est cousuPremière valeurSeconde valeur
88 M sur une vestetour de poitrine, 88 cmM, stature de 1,70 m à 1,80 m
92 C sur un pantalontour de ceinture, 92 cmC, stature sous 1,70 m
96 L sur une vestetour de poitrine, 96 cmL, stature au-delà de 1,80 m
7080/9404 sur une vestestature, de 1,70 m à 1,80 mtour de poitrine, de 94 cm à 104 cm
7080/9404 sur un pantalonentrejambe, de 70 cm à 80 cmtour de ceinture, de 94 cm à 104 cm

Le mécanisme tient à la façon dont on habille une armée. Personne n’essaie. Un magasin d’habillement reçoit des dizaines de milliers de pièces d’un côté, des dizaines de milliers de fiches de mensurations de l’autre, et l’appariement se fait sur le papier. Un code qui désignerait le vêtement obligerait à connaître la coupe de chaque fabricant sous contrat. Un code qui désigne le porteur se suffit à lui-même.

Le civil a essayé de faire pareil. La norme EN 13402 prévoit depuis le début des années 2000 un pictogramme de mesures corporelles sur l’étiquette, pour la même raison : un S n’a pas la même largeur d’une enseigne à l’autre. Il ne s’est jamais imposé en rayon. C’est pourquoi la conversion entre un treillis et un pantalon de ville reste approximative, et pourquoi on mesure son tour de ceinture avant d’acheter un pantalon coupé pour marcher chargé.

Les treize chiffres du numéro OTAN, et ce qu’ils ne disent pas

Quand elle a survécu, la ligne la plus dense de l’étiquette est un nombre de treize chiffres groupés quatre, deux, sept. Le Centre d’identification des matériels de la Défense en publie la grammaire.

Les quatre premiers donnent le groupe et la classe. Le groupe 84 rassemble les vêtements et l’équipement individuel ; à l’intérieur, la classe 8415 couvre les vêtements à usage spécial et la classe 8430 les chaussures pour homme.

Viennent ensuite deux chiffres, le code du pays. 14 pour la France. C’est ici que se loge la croyance la plus tenace du rayon : 14 ne signifie pas fabriqué en France. Il signifie que la France a créé ce numéro, parce qu’elle détient l’autorité de contrôle de la conception de l’article, et le livret précise que ce pays « peut être différent de celui où l’article a été fabriqué ». Un treillis codifié 14 peut sortir d’un atelier tunisien ou portugais sans qu’une seule ligne de l’étiquette ne mente.

Les sept derniers ne veulent rien dire : ils sont attribués à la suite, sans série ni millésime dedans. Y chercher une année revient à lire une date de naissance dans une plaque d’immatriculation. Le fabricant, lui, porte un identifiant distinct, le code NCAGE, qui désigne l’entreprise et non la pièce.

Le nom du fabricant borne une période, la date n’y est pas

Les guides d’achat répètent qu’un vrai treillis porte fabricant, taille et année de production. Les deux premiers, oui. Le troisième, presque jamais sous cette forme.

Ce qui accompagne le nom est une référence de marché, celle du contrat public au titre duquel le lot a été livré. Il arrive qu’un millésime soit tamponné à côté par l’atelier, et une veste marquée Paul Boyé - Sète avec un 1999 se situe alors à l’année près. C’est un usage de fabricant, pas une obligation, et l’encre tient rarement trente lavages.

Reste le nom lui-même, qui borne une fenêtre. La fabrication des uniformes français a longtemps été partagée entre Marck et Balsan ; le marché en cours a été notifié à Paul Boyé Technologies en février 2024, pour cinq ans. Deux ou trois noms suffisent à situer une pièce dans une décennie, ce qui est déjà beaucoup pour un vêtement sans date.

Une seule ligne y figure par obligation, et c’est la composition

La DGCCRF le rappelle : sur un vêtement, seule la composition en fibres est obligatoire, rédigée en français, sur une étiquette fixée au produit. L’étiquette d’entretien est facultative, ses symboles relèvent de la norme EN ISO 3758 et leur emploi donne lieu à une redevance en France. La désignation de la taille n’est encadrée par rien. L’origine géographique non plus.

Tout ce qui fait la densité d’une étiquette militaire est donc facultatif au regard du droit commun, et présent quand même parce que le cahier des charges de l’acheteur l’a réclamé. Une étiquette civile informe un client. Une étiquette de dotation sert à réapprovisionner un magasin d’habillement, et ça se compte en lignes.

La composition, elle, se lit comme partout ailleurs. Un 65 % polyester et 35 % coton ne se comporte pas comme un 100 % coton : il retire peu, sèche vite, lustre aux points d’usure et supporte mal le séchoir. C’est la seule ligne qui vous dise quelque chose de l’avenir de la pièce plutôt que de son passé.

Ce que l’étiquette ne prouvera jamais

Elle borne une origine, jamais un état. Une pièce peut porter son numéro complet, sa référence de marché et sa composition, et sortir de deux cents lavages et de trois ravaudages. À l’inverse, un reliquat de fin de marché arrive neuf avec exactement les mêmes marquages. Le tampon ne raconte pas la vie du vêtement ; les coutures et la quincaillerie s’en chargent.

Sur une bonne part du rayon français, il n’y aura d’ailleurs rien à lire. Les F1 et F2 des années 1980 et 1990 qui occupent les portants ont trente ou quarante ans : l’étiquette d’origine a souvent disparu au lavage, quand elle n’a pas été arrachée parce qu’elle grattait la nuque. Sur ces pièces, le code de taille survit parfois en marquage encré à même la doublure, seule ligne rescapée. De quoi choisir sa taille. Pas de quoi trancher une origine.

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